André de Chateauvieux m'accompagne, en tant que superviseur, depuis mars 2007. Dans ce présent billet, écrit à "quatre mains", j'ai souhaité parlé d'une des caractéristiques de André : sa recherche de ce qui est singulier chez l'autre. J'étais curieuse de savoir d'où cela venait. Voilà nos échanges :
Michèle : André, tu m'accompagnes en supervision depuis 2 ans déjà. Et, tout au long de ce travail, j'ai été interpellée par ton attention portée à ma singularité dans ma pratique professionnelle… la mienne, la tienne… D'où te vient cette idée de travailler sur « la singularité » de chaque personne ?
André : Plutôt qu'une idée, c'est une envie qui m'habite et m'anime profondément. Elle prend ses sources dans mon histoire familiale. Mes racines sont métissées : modeste par ma mère et noble par mon père. Ce métissage pourrait être une belle histoire mais, pour la génération de mes parents et pour leurs familles, c'est comme si un ordre social et immuable avait été troublé, transgressé ! Aussi, pendant longtemps, ai-je cherché à me définir par rapport à l'une ou l'autre de ces racines. Puis j'ai voulu relier, réunir ce qui semblait s'opposer : deux classes sociales, la noblesse de signes et la noblesse de cœur. Peu à peu, j'ai compris que cette quête était d'un autre âge. Vaine et exténuante ! Clin d'oeil symbolique : le saint dont je porte le prénom a été mis à mort écartelé ! Alors, au fil des années et du travail sur moi, ce que j'ai vécu comme une blessure héritée est devenu comme « un sixième sens » : j'aime découvrir ce qui fait de chaque humain, un être unique, singulier... Avec ses origines bien sûr et, en même temps, avec sa différence, au-delà de son appartenance sociale, familiale, culturelle...
Michèle : J'avoue le bien que cela me fait chaque fois que tu relèves ce qui te semble unique, inédit, dans ma pratique. Ce sont pour moi des « signes de reconnaissance » précieux. Comment perçois-tu l'impact de ces signes sur la construction identitaire de la personne, en tant que professionnel ou individu ?
André : Au tout début, j'étais bien maladroit quand je soulignais le talent en émergence d'un client, une manière de faire qui me semblait vraiment inédite. Ainsi tel manager se disait gêné devant ce qu'il nommait du « baume narcissique » ! Ou tel confrère me demandait plutôt de « toper ses points faibles » pour se développer dans notre métier. Certains humains n'ont pas l'habitude d'en recevoir ces signes de reconnaissance qui te « font du bien » ! En même temps, j'étais encore dans mon histoire personnelle ici : à mon insu, je faisais à mes clients ce que je cherchais pour moi-même ! Et même si ces « signes de reconnaissance » sont nourriciers au début de la relation de coaching, ils deviennent un frein à l'autonomie, à l'individuation, à ce que tu nommes « la construction identitaire ». Aujourd'hui, je crois que notre singularité est bien plus qu'une manière de faire, un talent spécifique, que le coach pourrait reconnaître de l'extérieur. C'est plutôt une contrée intime, personnelle, un espace intérieur où nous sommes en relation avec nous-mêmes, loin d'un besoin narcissique. Une source précieuse à partir de laquelle nous créons. Une contrée qu'il s'agit d'apprendre à reconnaître en soi, pour la cultiver comme un jardin.
Michèle : Et j'ai le sentiment qu'en plus de prendre conscience de mes spécificités, présentes ou passées, ce travail me permet de faire grandir ma singularité. Comme si je reconnaissais les potentiels qui peuvent alors se développer. Est-ce cela cette « contrée intime » et cette « source précieuse à cultiver » dont tu parles ?
André : Oui, comme un « jardin secret » toujours en devenir et que nous pouvons partager, qui nous permet de créer, de rencontrer l'autre. Et dans ce mouvement que tu décris ici : d'abord la prise de conscience de talents spécifiques, puis peu à peu, la présence à soi, libérée du besoin ou de la peur du regard de l'autre. C'est un espace vivant où nous pouvons jouer avec l'imprévu, accueillir le nouveau, l'autre… Débarrassé alors du souci d'être singulier ou pas !
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