Cela n’a pas été facile pour moi d’aller jusqu’au bout de l'écriture de ce livre collectif "Comprendre et pratiques l'approche narrative". Pour vous en donner un aperçu, je vous propose ci-dessous la conclusion de mon texte. Aller au bout d’un projet a rarement été facile pour moi. Et pour vous ? J’utilise beaucoup la persévérance, lorsque je tombe sur des doutes, des peurs, des envies de tout arrêter …
J’aurai plaisir de partager vos réflexions autour de ces idées de persévérance, de dépassement, ou d’autres qui vous viendront à la lecture de ce passage.
Avant cet extrait, je vous propose le texte que Béatrice Dameron a fait en introduction de ce texte. Je salue ici sa dextérité, sa disponibilité et sa sensibilité de cœur. Elle m’a « époustouflée » lorsqu’elle m’a renvoyé mon texte formaté pour le livre auquel elle a ajouté cette introduction et ma bio, 2 heures environ après mon envoi. … J’étais soufflée ! (Je n'ai pas le même rythme qu'elle) ...
Ce texte très sensible et vibrant de Michèle Gauthier honore le courage d’Eric, et résonne de l’énergie que celui-ci engage pour vivre sa vie et son histoire d’hémiplégie en homme debout. Il montre comment la posture narrative de la praticienne et le rôle qu’elle donne au témoin fournissent à Eric un fondement pour la reconstruction d’une image de lui-même plus proche de ses espoirs et de ses aspirations. La sincérité du témoignage personnel de conclusion offre un exemple exceptionnellement congruent de l’engagement collaboratif chez une praticienne chevronnée.
28/10/2008 : Après les 2 échanges avec Eric et Gilles, d’octobre 2008, voilà où j’en suis :
En guise de conclusion, je reprends le questionnement précédent pour dire où j’en suis après ces échanges :
Ce qui me marque, c’est mon propre cheminement. Après les 2 séances, j’étais heureuse d’avoir vécu ce partage. Pour la première fois, j’ai utilisé la narrative de façon fluide. Je me suis sentie à l’aise avec Eric et avec Gilles. Les questions venaient facilement.
Puis j’ai appris que Gilles se remettait beaucoup en question. J’ai déjà évoqué cela dans mon premier partage.
Puis j’ai eu l’entretien d’octobre avec Eric, et là, j’ai vu, … j’ai ressenti … j’ai enfin compris l’admiration de Gilles pour Eric ! Oui, Eric est un « personnage » … Oui, c’est un homme « qui trace la route » comme il dit ! Même s’il se voit « plein de complexes », il ne compte que sur lui pour y arriver dans la vie. Quel modèle !
Je suis étonnée d’être passé à coté de cette vision, lors de séance. Cela m’étonne et me marque d’autant plus. Je vois Eric comme un homme debout. Quoique la vie lui donne comme obstacle à surmonter, il les surmonte. Il « trace la route », sans jamais tomber dans la plainte.
C’est pour moi la définition de la Dignité : je le vois comme un Homme Digne.
- En quoi ses mots ou expressions ont un lien avec votre vie ?
Ce qui est en lien avec ma vie, c’est cette volonté de se dépasser, de surmonter les difficultés qui sont devant nous. Je pense que notre Dignité Humaine se trouve dans le fait de relever les défis que la vie nous envoie, sans se plaindre. La Dignité Humaine, c’est vivre et mourir debout.
C’est se pousser, se dépasser, pour sortir ce qu’il y a de mieux en nous, que nous ne savons pas avoir d’ailleurs.
C’est en agissant que nous pouvons nous dépasser et ainsi nous exprimer complètement.
- D’avoir relu tout cela, à quoi cela vous fait penser auquel vous n’auriez pas pensé si vous n’aviez pas lu tout cela ?
Ces échanges m’ont permis de définir de façon plus concrète ce qu’est pour moi la Dignité Humaine, ce qu’est « vivre debout ».
Aujourd’hui, 30 janvier 2009, je suis en train de terminer l’écriture de cet article, et en parlant de défi, je réalise et prends conscience du défi que cela a été pour moi d’ « aller jusqu’au bout » de ce projet.
En effet, écrire de façon claire et agréable à lire n’est pas simple pour moi. C’est pourquoi j’ai réalisé mon blog : il me donne l’occasion d’apprendre à écrire. D’apprendre comme un artisan apprend son métier, comme un enfant apprend à marcher. Chaque billet me donne l’occasion de faire, faire et refaire, en faisant des erreurs, en en prenant conscience et en trouvant de nouvelles façons de présenter, d’argumenter : comme un artisan apprend son métier, « en remettant chaque jour son ouvrage sur le métier » comme on dit.
Lors de l’écriture de cet article, j’ai eu des moments de découragement devant l’ampleur de la tâche, et devant le résultat que j’obtenais, que je jugeais médiocre.
Or, je suis en train, ce jour, de finaliser cette écriture, après l’avoir lu et relu plusieurs dizaines de fois. Jusqu’à présent, au-delà de 4 à 5 fois, la relecture d’un texte est pour moi une tâche laborieuse. Or je le sens emplie de joie à l’idée de finaliser ce document.
Ce qui m’aide, c’est d’avoir trouvé du soutien et de la bienveillance, ainsi que des conseils factuels et concrets, auprès de Pierre Blanc-Sahnoun et Béatrice Dameron.
Je souhaite dans cette dernière partie, les saluer. Je sais que sans eux, je ne serai pas « aller jusqu’au bout » … Et cela aurait été dommage, car je réalise qu’en allant jusqu’au bout, je rends ainsi hommage à Eric, à son courage, à sa persévérance que Gilles admire tant.
Je les salue tous les deux aussi, en les remerciant pour la confiance qu’ils m’ont témoigné tout au long de ce projet.

Apprendre à écrire ou apprendre à oser raconter par écrit, ce qui veut dire se confronter à toutes les histoires que nous portons sur le thème d'écrire et d'être publié ! J'ai eu la chance que tu me racontes l'histoire d'Eric et de Gilles avant de l'écrire et cette histoire telle que tu la racontais était vraiment intéressante. Pour moi, le fait que tu acceptes de l'écrire est un acte de générosité vis à vis de la communauté narrative francophone et de nos jeunes et futurs collègues. D'ailleurs, ce livre va aussi servir à former des praticiens au Rwanda, où il n'existe aucun ouvrage en français pour le moment, dans la cadre d'une donation (en livres) que nous sommes en train de monter pour Ibuka, the National Genocide Survivors’ Association, afin qu'il aide à former des intervenants sur place. Tu as donc, également, contribué à cela !
Rédigé par: Pierre Blanc-Sahnoun | 02 novembre 2009 à 11:37
Bravo Michèle, et surtout merci de cette voie à cheminer que tu nous offres.
Tu évoques la persévérance, le dépassement et c'est peu dire.
Je commence à peine à m'aventurer sur ces commentaires que déjà je suis en dépassement de moi même ;o) Quant au maintien d'un blog, que dire... Je sèche. Je vais certainement me ruer sur ce livre un de ces WE prochains !
A la prochaine visite...
Rédigé par: Béatrice GM | 28 novembre 2009 à 00:58
Bonjour Béatrice, et merci pour ce commentaire.
En effet, persévérance et dépassement sont des énergies qui m'ont aidées à aller "jusqu'au bout" de cet écrit.
Ce qui m'aide aussi (et que je vois dans ton mail) c'est ... "ne pas me comparer" lorsque cela nous enfonce dans notre histoire dominante dévalorisante ... Nous avons chacun nos chemins, chacun nos difficultés et nos dépassements. La comparaison : oui, lorsqu'elle nous aide à nous dépasser, lorsqu'elle nous motive, nous donne des modèles ou nous permet de voir ce que nous savons déjà faire ... là oui ! ... et en disant cela, j'ancre un peu plus en moi cette nouvelle pratique qui s'envole un momnet si mon stress est trop fort. Ca te parle ? au plaisir de te lire. Michèle
Rédigé par: Michèle Gauthier | 30 novembre 2009 à 14:00