Hier soir, 5 novembre 2009, FR3 proposait « Amen » de Costa Gavras, un film décrivant les réactions possibles d’un agent de la SS, chimiste, découvrant à quoi était utilisé l’acide prucique qu’il fournit aux SS, et un prêtre proche du Pape découvrant les crimes réalisés sur les juifs durant à 2de guerre mondiale.
Bien des points m’ont marqué. Je souhaite les partager ici avec vous.
Je mets en premier cette phrase sans commentaire :
« Certaines trahisons sont la dernière ressource des justes »
Un dilemme cornélien :
Parole de la femme de cet officiel SS : « N’oublie pas que tu as une famille. C’est ce qui compte le plus au monde ».
Je me suis vue à la place de cet officiel à ne pas pouvoir me regarder dans une glace, si je ne faisais rien. Oui, ma famille est importante, mais moi et mes valeurs sont aussi importantes. Ce n’est pas un conflit entre ma famille d'un coté, et les juifs de l'autre. C'est un conflit intérieur entre sauvegarder ma famille et contribuer au respect de la valeur que j'attribue à la dignité humaine.
Le vocabulaire déresponsabilisant :
J’ai retenu aussi la manière dépersonnalisante et donc déresponsabilisante employée pour parler de l’extermination des juifs :
- « La désinfection »
- « la vermine » (pour parler des juifs)
- « Les nettoyeurs »
- Et le pire : « les unités » : « nous devons détruire 10 000 unités par jour » tellement dépersonnalisant.
Choisir de vivre l’enfer sur terre pour répondre à un questionnement :
L’acte d’un jeune jésuite, joué par Mathieu Kassovitz, qui voyant l’inaction du Pape devant le génocide des juifs, préfère mettre une étoile jaune sur la soutane, et être emmené dans un camp. Ce qu’il cherche ? « Comprendre pourquoi Dieu laisse faire de telles choses ». Sa vie ne compte plus pour lui. Seule la quête d'une réponse à sa question compte pour lui.
Comment être conscient de la finalité de nos actes :
Et cette confrontation entre l’officier SS, Kurt Gerstein (le héros), avec un ami d’enfance qui s’occupe du fret. Lorsque son ami apprend que Kurt est officier SS, il se révolte et ne veut plus lui parler.
Kurt voulait lui expliquer que dans les wagons à bestiaux dont il s’occupe, "le fret", il y a des être humains. Mais son ami ne l’écoute plus. Il lui lance « Moi je m’occupe du fret ».
Même les personnes contre ces horreurs SS y ont participés sans le savoir ou en voulant ne pas le savoir, car alors, comment continuer à vivre avec un tel conflit intérieur !
Je crois que c’est l’un des points les plus impressionnants des cas présentés dans ce film : participer au mal sans s’en rendre compte. Le nazisme aurait pu avoir moins d’impact si chacun individu avait été totalement responsable de ses actes, et conscient de l’impact de ses actes sur l’ensemble de la chaine auquel il contribuait.
Le plus grand atout de cette horreur a été de pouvoir s’appuyer sur une administration où les tâches étaient « taylorisées », découpées. Les uns ne sachant pas à quoi ils contribuaient au final du processus.
Je me sens bien humble face à de tels dilemmes, humble et vigilante aussi à envisager avec clairvoyance, les conséquences de mes actes. Pour cela, je me pose souvent la question : « en faisant ça, à quoi est-ce que je contribue ? ». C’est parfois difficile de savoir y répondre, et lorsqu’on y répond, c’est parfois difficile de changer les choses …
Etes-vous sensible à ce type de questionnements ?

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